Interview du Président Xavier Chapuisat à l'AEF pour le premier anniversaire d'Universud Paris

L'AEF: Le PRES UniverSud Paris va-t-il déposer un projet commun dans le cadre de l'opération campus?

Xavier Chapuisat: Je ne peux être que satisfait que l'État débloque de l'argent pour rénover les campus. Mais le sud de l'Île-de-France est un cas particulier. Le cahier des charges de l'opération campus incite les PRES à porter les projets, mais la ministre a indiqué par ailleurs que l'université Paris-Sud a vocation à coordonner les choses pour le "site de Saclay". Cela pose un problème en interne à l'université qui ne compte pas qu'un seul campus à Orsay, et en interne à UniverSud Paris qui compte d'autres établissements que Paris Sud 11 et d'autres sites dans la continuité immédiate du plateau de Saclay. De toute façon, le PRES se doit de répondre à l'appel d'offres, sinon on le lui reprochera un jour ou l'autre. Notre projet prendra donc acte et incorporera celui de Paris Sud 11, en plus des projets d'autres établissements du PRES. Il comportera aussi un volet "mobilité entre sites" et "campus durable", un volet "logement et lieux de vie" et un volet "économie d'énergie".

L'AEF: Cet épisode met-il le PRES en danger?

Xavier Chapuisat: Je suis persuadé que personne ne veut faire de mal aux PRES, bien au contraire. Mais, pour ce qui nous concerne, si l'on fait la somme des "peaux de bananes" sous nos pieds, cela fait beaucoup: nous sommes dans un environnement qui compte, outre UniverSud Paris, une partie d'un autre PRES (ParisTech), 5 pôles de compétitivité, 3 RTRA et une opération d'intérêt national (O.I.N.). S'y ajoute le projet lancé par Nicolas Sarkozy de structuration des nanotechnologies qui serait doté à très haut niveau: en décembre dernier, le président de la République a demandé à trois personnalités scientifiques de Grenoble, Toulouse et de Saclay de lui faire une proposition d'ici fin mars. Tout cela, avec en plus, les propos sur le plan campus, m'inquiète. Alors que, dans le même temps, la région est prête à nous soutenir, par exemple en nous confiant la gestion de domaines d'intérêt majeur et que la CDC est intéressée par notre projet de valorisation.

L'AEF: Dans ce contexte difficile, quelle conception avez-vous du PRES que vous présidez?

Xavier Chapuisat: UniverSud Paris est avant tout un poste de pilotage stratégique et constitue un catalyseur. Il n'a pas de pouvoir coercitif. Il ne prend rien aux établissements, il utilise certes leurs moyens mais doit en retour leur apporter de la valeur ajoutée. Construire la "super-université" du sud francilien est un objectif, pas encore la réalité. Pour autant, les compétences juridiques déléguées à UniverSud Paris sont très importantes et sont exercées au niveau des 14 pôles thématiques scientifiques que nous avons constitués. Ces compétences concernent la recherche, la valorisation, les formations et les relations internationales. Le problème de la taille est un avantage mais aussi une lourdeur dans la gestion: le PRES comprend 5 membres fondateurs (universités Paris Sud 11, Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, ENS Cachan, École centrale Paris, et Supélec) et bientôt plus, dont l'université d'Evry Val-d'Essonne, ainsi que 15 membres associés. Cela représente 260 laboratoires de recherche.

L'AEF: Comment faire pour progresser avec autant de monde?

Xavier Chapuisat: Nous ne sommes pas exhaustifs et nous travaillons avec ceux que notre démarche coopérative motive. Nous souhaitons, pour avancer et se fixer des objectifs, signer un contrat d'établissement dans le cadre de la vague D (2010-2013). Ainsi, nous voudrions reconfigurer 25% à 40% des écoles doctorales. Notre objectif, en termes de masters co-habilités, pourrait être d'en avoir une dizaine harmonisés au niveau des parcours proposés. Ils pourraient aussi faire l'objet d'une démarche qualité (avec ou sans certification ISO). Nous pourrions envisager des fusions de laboratoires, mais sans doute pas dans le cadre du premier contrat. Ce sera trop tôt.

L'AEF: La fusion d'établissements est-elle envisageable à plus ou moins long terme?

Xavier Chapuisat: Le PRES est l'étape où l'on fait baisser les défenses immunitaires. Dès 2006, le projet d'établissement d'UniverSud Paris affichait l'objectif de préfiguration de la future grande université du Sud de l'Île-de-France. Nous sommes en chemin mais cela n'aboutira que lorsque le besoin en sera ressenti par la majorité, après l'exécution de deux contrats quadriennaux, par exemple. En région, il est plus facile d'envisager des fusions car souvent les universités sont complémentaires. Dans notre cas, la situation est beaucoup plus complexe: chaque établissement fait de tout et souvent très bien.

L'AEF: Quelles sont vos relations avec les EPST et les Epic, nombreux sur le territoire d'UniverSud Paris?

Xavier Chapuisat: Les Epic ne font pas partie du champ académique. Nous avons donc pris le parti de ne pas les incorporer dans le PRES. L'ensemble eut été trop gros. S'agissant des EPST, j'ai noté que la feuille de route de Valérie Pécresse au CNRS l'incite à se rapprocher des PRES. Jusqu'à présent nous avons été éconduits. Avec l'Inserm, les choses avancent puisqu'André Syrota est favorable à une convention de partenariat entre l'institut et notre EPCS. Par ailleurs, les capitaux-risqueurs commencent à nous faire des propositions de partenariat et ont très bien compris où pourront se situer leurs intérêts.

L'AEF: Quelles sont les actions du PRES en matière de recherche?

Xavier Chapuisat: L'intervention du PRES consiste à financer l'ingénierie coopérative, autrement dit le surcoût que représente le travail en commun d'acteurs de divers sites. L'idée est d'exploiter toutes les synergies et d'élargir l'espace de travail. Cela n'est pas toujours simple parce que les meilleurs peuvent être tentés d'éviter de travailler avec des moins bons qu'eux ou avec des concurrents. Jusqu'ici, ils se connaissaient mais n'avaient pas l'habitude de travailler ensemble, et parfois se méfiaient les uns des autres. Le message de notre PRES porte sur la valeur ajoutée que procure le travail en commun. Nous avons labellisé à ce jour 50 projets de recherche: cela signifie qu'UniverSud Paris donne acte aux chercheurs de leur travail et les aide dans le processus de coopération scientifique. Nous sommes dans une démarche de "bottom-up" accompagnée: c'est le carburant du moteur que constitue un établissement de coopération scientifique, ce que nous sommes.

L'AEF: Quelle organisation avez-vous mis au point pour répondre à vos missions?

Xavier Chapuisat: Outre le président, notre PRES compte 4 coordinateurs pour les activités de recherche, de formation, de valorisation et de relations internationales. En outre, chaque pôle thématique est coordonné par un ou deux scientifiques de haut niveau, eux-mêmes épaulés par un ou plusieurs chargés de mission. Ces derniers sont de jeunes professeurs ou directeurs de recherche, ou bien des maîtres de conférences confirmés. Ils sont sollicités au quotidien et, outre leur appartenance à tel ou tel établissement, je les considère comme des personnels d'UniverSud Paris. Ce sont eux qui suivent et coachent les projets, avec l'aide tutélaire de la structure centrale.

L'AEF: En matière de valorisation, que visez-vous?

Xavier Chapuisat: Notre conseil d'administration a adopté à l'unanimité, en novembre dernier, un schéma stratégique pour la valorisation, comprenant le recrutement d'un cadre supérieur d'entreprise pour coordonner cette activité. Il sera chargé de préparer un plan opérationnel qui sera composé de trois volets: la création d'entreprise, le transfert de technologie et la valorisation des activités d'enseignement. Actuellement, les dispositifs existants dans les établissements sont très hétérogènes. Il se pourrait que la valorisation soit la première activité "déthématisée" d'UniverSud Paris, ce qui supposera une délégation de compétences et de moyens des établissements vers l'EPCS.

AEF Dépêche n°93474
Anaïs Gérard
Paris, Jeudi 20 mars 2008