Journée « Genre et science » - 14 novembre 2008

Responsable H. Gispert(université Paris Sud 11), J. Lebeaume (ENS Cachan)

 

Les études statistiques ont mis en évidence une ségrégation horizontale des étudiants et des chercheurs et enseignants chercheurs : très nombreuses dans les disciplines littéraires et les sciences humaines, les femmes sont proportionnellement moins nombreuses en droit et médecine, relativement présentes en chimie et en sciences, très peu nombreuses en technologie.

 

A cette ségrégation horizontale s'ajoute une ségrégation verticale, un homme a davantage de chances qu'une femme de devenir maître de conférences, et encore plus de chances de devenir professeur. Les femmes sont également peu présentes dans les organismes de décision, conseils ou commissions de spécialistes. Il importe de s'interroger sur cette situation et d'identifier les causes qui produisent ces effets qui entraînent une profonde injustice et une perte de potentiel dommageable pour la recherche.

 

Alors que l'enseignement supérieur et la recherche subissent une mutation profonde de leurs missions, de leurs financements, de leurs modes de fonctionnement et d'évaluation, quels sont les effets de ces mutations sur les cultures de genre ? Sont-elles favorable à une plus grande égalité des chances entre les hommes et les femmes ou renforcent-elles une culture de l'inégalité des chances ? Ces mutations pourraient-elles servir de levier pour promouvoir une nouvelle culture universitaire ?

 

Le PRES UniverSud Paris, par sa diversité disciplinaire et institutionnelle (écoles, instituts, universités de taille et d'histoires différentes) est un point d'observation et de débat privilégié pour aborder ces questions qui ont été travaillées en partie par le laboratoire STEF à l'ENS de Cachan qui coordonne le projet de recherche européen Prometea "Empowering Women Engineers in Industrial and Academic Research" (www.prometea.info), financé par la Commission Européenne dans le cadre du 6ème PCRD de novembre 2005 à décembre 2007.

 

 

L'objet de cette journée est double. Il s'agit, en premier lieu, de se donner en amont les moyens de regrouper les données correspondantes pour les établissements du PRES UniverSud Paris afin de les verser comme élément de réflexion et de débat lors de la journée elle-même. En second lieu, en effet, il s'agit d'exposer, de discuter et de confronter les résultats des recherches sur la place des femmes dans la dans la recherche scientifique et technologique et dans l'enseignement supérieur autour de six questionnements: Où sont les étudiants, quelles sont leurs trajectoires à l'université et dans le monde professionnel? Comment décrire les trajectoires et la dynamique des carrières des hommes et des femmes dans l'enseignement supérieur et la recherche? Quels sont les effets sur ces carrières de la culture masculine des institutions de recherche ? Comment est construite et reconnue l'excellence scientifique et technologique, par quelles institutions, quels acteurs, quels mécanismes d'évaluation, sur quels critères ? Existe-t-il des politiques et des pratiques qui renforcent la position des femmes dans la recherche technologique, lesquelles, quels sont leur effets, désirables ou indésirables? Comment les évolutions récentes de l'université affectent-ils la situation des chercheurs ?

 

 

1.Trajectoires étudiantes :

On s'interrogera sur les trajectoires des étudiants et étudiantes : quelles filières choisissent-ils ? Comment y réussissent-ils ? Quels sont leurs attentes et leurs motivations vis-à-vis de l'université ? Quels sont leurs parcours après l'université ?

 

2. Trajectoires des enseignants et enseignants chercheurs :

On comparera les carrières des femmes et des hommes dans les différentes disciplines, et leurs éventuelles trajectoires à travers ces disciplines. On étudiera les recrutements, la qualité des emplois (plein-temps, mi-temps, statut précaire ou non), la réalité des responsabilités assumées et la disponibilité pour la recherche, les abandons en cours de carrière et des accès à des promotions, les effets de ségrégation verticale, les différences de salaire et d'accès aux postes. Les équilibres entre vie personnelle et vie professionnelle seront également étudiés, de même que la question des doubles carrières. On cherchera à identifier les facteurs positifs et négatifs dans le développement des carrière féminines des chercheuses et à déterminer des évolutions au cours des cinquante dernières années.

 

3. La culture universitaire est-elle masculine ?

Comment décrire et analyser, du point de vue du genre, la culture des organisations et les réseaux de chercheurs dans les universités ? Quels sont les effets de la culture des organisations sur les carrières dans la recherche et sur les choix des étudiants ? Comment cette culture a-t-elle évoluée depuis les années soixante et la généralisation de la mixité dans l'enseignement ?

 

4. Quelle est la place des femmes dans la construction de l'excellence académique ?

On s'interrogera dans cette session sur les incidences pour les carrières des hommes et des femmes de la composition sexuée des structures de décision et d'évaluation telles que les commissions de spécialistes, les comités qui décident de l'attribution des crédits pour la recherche, les comités de lecture, les comités scientifiques et éditoriaux, etc. On cherchera s'il existe des corrélations entre la composition des jurys et les taux de succès des hommes et des femmes dans l'obtention de financements pour la recherche.

 

5. Existe-t-il des bonnes pratiques qui permettent d'assurer une meilleure égalité des chances entre hommes et femmes, étudiants ou enseignants ?

On décrira quelques exemples de pratiques et/ou de politiques d'égalité des chances dans des universités européennes et à leurs effets, positifs ou négatifs. On analysera à la fois les niveaux macro et micro des politiques et des pratiques destinées à soutenir les carrières des femmes, et l'articulation de pratiques locales avec des politiques à plus grande échelle qui concernent le contexte juridique et social.

 

6. Réflexions sur les évolutions récentes du monde universitaire

On tentera une analyse de changements récents survenus dans les politiques universitaires et de leurs conséquences sur les carrières des femmes : interdisciplinarité dans les programmes de recherche financés au niveau national et international, changements des modes de financement, mobilité internationale accrue, demande de professionnalisation, etc. On s'interrogera à cette occasion sur la pertinence des classification et des indicateurs existants pour décrire ces situations des chercheurs. Quels sont les effets de ces modifications sur la culture universitaire et la place des femmes dans cette culture ?

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